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Si je garde la tête haute c'est car je r'garde la Lune.

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« Réussir sa vie 
Quand d'autres l'ont meurtrie, et 
Réussir sa vie, même si... 
Comprendre ne guérit pas.»
♪ Mylène Farmer | Redonne-moi
Je caressais le volant de ma Mercedes, souriant, deux jolies femmes assises à l'arrière, un homme côté passager, un fond musical indécis, presque effacé par le rire des demoiselles, il faisait nuit noire. Seules les lumières des lampadaires et des phares éclairaient une route déserte, où, brusquement, une voiture venait quelquefois gâcher notre immensité, venait nous voler le temps d'une seconde cette soirée qui était la notre. On se baladait là, roulant un peu trop vite, mais sans plus, les fenêtres presque closes, juste histoire d'aérer la voiture dans laquelle nous nous trouvions depuis bientôt deux heures. Il y avait de tout dans la berline : des sacs en papier beige remplis d'emballages de fast-food, des paquets de cigarettes vides, des journaux, du bon son, deux charmantes donzelles, un rupin, et surtout le plaisir d'en être le chauffeur.
Je ne me concentrais pas sur ce que mes passagers jactaient, si ce n'est quand il me demandait de prendre un chemin particulier, ou d'augmenter le volume de ce que diffusait mon poste. La blonde, la plus jolie, aimait le rock, et s'exalta sur une musique du king alors que la plus charmante, la rouquine, préférait les morceaux plus spirituels, et demanda le silence sur un bon reggae, l'homme, lui, restait coi, comme s'il souhaitait imprimer dans sa mémoire tous les détails du moment qu'il vivait, la route, le son, les filles, leurs voix, le faux-cuir du siège, le paysage qui disparaissait derrière les vitres, le peu de poussière qui les teintait...
L'autoradio annonça cinq heures du matin quand les filles demandèrent à rentrer. Je pris alors la route qu'elles m'indiquèrent, faisant un demi-tour ambitieux, et nous vîmes alors l'aube, devant nous, les premières lueurs du jour qui enflammaient le ciel d'étincelles violettes dissimulées ça-et-là par des nuages rose. La blonde descendit la première, là où je l'avais pris, dans une sorte de cité HLM, la rousse quant à elle resta un quart d'heure de plus, puis je la déposa devant une petite maison dans un lotissement modeste mais coquet, elle m'adressa un sourire dont seules les femmes sont capables. Ces sourires à la fois conquérants et victorieux, de ceux qui rendent un homme fier, et pourtant...
Deux dans la voiture. Et je ne dis mot. Devais-je le déposer ou voulait-il passer un moment avec moi, à se prélasser dans une Benz auprès d'un type qu'il ne connaissait à peine. Il me proposa une clope, je refusais, fumer au volant ne me faisait pas envie. La fenêtre alors ouverte, il tira sur son mégot deux ou trois fois, puis l'écrasa dans le cendrier et le jeta. Le malin ne se doutait pas que l'ivresse évanouie, le frais de la rosée ne tarderait pas à pénétrer ses membres. Il me demanda alors à son tour de le déposer près du lieu où j'avais déposé l'Aphrodite, non loin se trouvait une rue assez chic où le jour éclairait des murs jonchés de lierre. "Se coucher seul alors qu'il fait si froid, dommage." Il sortit puis se rapprocha de la porte conducteur, j'ouvris la fenêtre, il tendit sa main, je pensa à tort qu'il souhaitait serrer la mienne, mais il se contenta d'effleurer le côté hirsute de mon cou : "T'as une mâchoire d'enfer."
Bordel! Je me réveille, me demandant quel songe absurde j'ai encore bien pu faire. Je n'ai ni permis, ni voiture, et je rêve de conduire une Merco et de m'improviser chauffeur de belles parisiennes... ah, les fantasmes de l'égo... je regarde ma montre, seul point commun, il est cinq heures. Cinq heures, et je ne me rendormirais pas. Faut que j'm'en sorte.

Ce rêve en est la preuve, je suis fait pour réussir. 
« Quand un homme a confiance en sa virilité, il transpire d’une autre façon, avec des relents pénétrants que les femmes perçoivent à des lieues de distance. [...] L’amour, je le comprends maintenant, incline à se laisser envahir, à céder le commandement de la place, à reconnaître avec modestie qu’une part de nous-même a déjà prêté serment à un autre drapeau. Cette expérience merveilleuse m’était interdite parce que devant un beau corps, je ne baissais jamais la garde. J’étais un athlète du sexe, mais un paralytique de l’amour. »
- Enrique Serna | Coup de sang
C'est en quatrième que c'est arrivé, si ma mémoire est bonne. J'étais délégué de classe, si je me souviens bien, et toutes les deux semaines, on avait des cours de grammaire particuliers en demi-groupe. Notre prof de français, professeur principal me semble-t-il, respirait la bienveillance, aussi, chaque fois qu'un de ses élèves se sentait triste, elle allait lui parler à la fin du cours, lui demander ce qui n'allait pas. J'y avais eu droit, la veille, car, en effet, je n'allais pas très bien. 
A cette époque, on devient un homme, petit à petit, on sent une moustache noire pousser entre la lèvre et les narines, une barbe rêche grattait un peu le duvet de ma mâchoire, je ne reconnaissais plus la voix qui sortait de ma gorge et, avec tous ces changements, on se glisse dans la paranoïa, on regarde davantage les autres, et on remarque surtout comment eux nous regardent. Malgré mes craintes, je pris l'initiative de ne plus baisser les yeux, et de fixer les gens droit en face, je percevais alors le dégoût. Tout le mépris que j'inspirais aux autres, et dont j'ignorais et l'existence et la cause, transforma cet adolescent timide et solitaire en quelqu'un de plus froid, plus calculateur. Malheureusement, je saute là une étape, car, avant de changer, il y eut un élément déclencheur. Comment un garçon peut-il devenir un homme, sans avoir rencontré au préalable une femme en devenir? 
Elle ne me trouvait pas beau, ça, c'est une certitude. En fait, je pense qu'elle me méprisait au fond tout autant que les autres. Je l'avais rencontré en ramassant un stylo qu'elle avait fait tomber, et son sourire m'ensorcela de suite, Je cherchais le moindre prétexte pour converser avec elle, je lui demandais de l'encre, je lui demandais des feuilles, je lui demandais son tube de colle... je lui demandais en fait, simplement, d'exister quelque part dans son champ de vision, je voulais resplendir, et ce faisant je m'attristais de ne voir rien d'autre que de l'indifférence de la part, je supportais mieux la haine de tous les autres, que je ne supportais sa désinvolture à elle. Et à qui en parler, ma prof? mon chat? Un ami! je voulais un ami, rien qu'un seul! Quelqu'un avec qui bavarder en cours, quelqu'un avec qui envoyer des messages le soir, quelqu'un avec qui se plaindre de ses notes en maths ou de son heure de colle du mercredi dernier. Je n'avais personne. Et je croyais donc que les autres avaient tout, tout que la haine que je leur inspirais, cette exaspération que je lisais sur leur visage quand je prenais la parole en classe, alors... 
Et en ce début de cours, j'allais avoir honte, mais c'était plus fort que moi, j'ai levé la main. Élève plutôt studieux, l'enseignante m'interrogea, et je répondis que j'avais quelque chose à dire au reste de la classe, enfin, du semi-groupe que j'occupais. Elle réclama le silence pour moi, et je me posa en face des bureaux, devant le tableau, je pris une profonde inspiration puis... « Pourquoi vous ne m'aimez pas? » Ma voix dérailla, non pas parce que je muais, mais parce que le simple fait d'admettre fort son mal-être à la fois soulage et pèse. Certains rirent, d'autres ignorèrent, en fait, je n'attira l'attention que de ma prof. Je ne me souviens plus trop du reste du cours, mais je me souviens du sentiment que j'ai eu lorsque je suis rentré. Moi non plus, je n'aimerais plus les autres. Et je les traiterai comme ils m'ont toujours traité. Ce jour, j'ai arrêté d'avoir peur. 

Cette fille, je crois qu'elle n'a jamais rien su de tout ça.

I.
« Elle rentrera blessée dans les parfums d'un autre, 
Tu t'entendras hurler "que les diables l'emportent" 
Elle voudra que tu pardonnes, et tu pardonneras, 
C'est écrit... »
Cabrel - C'est écrit
« If more of us valued food and cheer and song above hoarded gold, it would be a merrier world. » 
« "Tu penseras si fort à moi, chaque fois que tu te coucheras, que tu te mettras à bander, et tu n’auras personne pour te secourir, et il te sera impossible de t’endormir, à moins que tu..." Elle eut le damné sourire qu’il aimait tant. "C’est pour ça qu’on l’appelle la tour de la Main, m’sire ?" »
- G.R.R. Martin | La Bataille des rois
« Ecoute ce que je vais te dire sur les loups, mon enfant. Lorsque la neige se met à tomber et la bise blanche à souffler, le loup solitaire meurt, mais la meute survit. La saison des querelles est l'été. L'hiver, il nous faut nous protéger les uns les autres, nous tenir  chaud, mettre en commun toutes nos forces. S'il te faut haïr, Arya, hais donc ceux qui nous veulent vraiment du mal. »
- G.R.R. Martin | Le Trône de fer
« Mes yeux gris reflètent un hiver qui paralyse les cœurs meurtris,
Mon regard vient de l'ère glaciaire, mon esprit est une fleur flétrie, 
Je n'ai plus rien à exposer dans la galerie des sentiments,
Je laisse ma place aux nouveaux-nés sur le marché des morts-vivants. »
♪ Hubert-Félix Thiéfaine - Petit Matin 4:10 heure d'été
« Je l'aimais et n'aimais qu'elle, et nous connûmes des jours d'une magie merveilleuse tant que nous fûmes seuls. Je faisais du bon travail et nous entreprenions de longues excursions, et ce n'est qu'après avoir quitté nos montagnes, vers la fin du printemps, pour rentrer à Paris que l'autre chose recommença. Le remords était bel et bon : avec un peu de chance et à condition d'avoir été meilleur que je n'étais, il aurait pu m'entraîner dans une situation bien pire sans doute, au lieu de devenir pour moi un compagnon fidèle et de tous les instants pendant les trois années qui suivirent.
[...] 
C'était chose terrible que la fille ait pu tromper ainsi son amie, mais, là encore, c'était ma faute si mon aveuglement m'avait empêché d'en concevoir du dégoût. Dans la mesure où j'étais directement impliqué et où j'étais amoureux, j'en assumais l'entière responsabilité et vivais avec le remords.
Le remords ne me quitta plus, ni de jour ni de nuit, jusqu'au jour où ma femme épousa un autre homme, quelqu'un de bien meilleur que je ne l'avais jamais été ou n'aurais jamais pu l'être, et je suis qu'elle était heureuse.
Mais cet hiver-là, avant de savoir que je plongerais à nouveau dans la duplicité, nous avons connu des moments merveilleux à Schruns, et je les garde tous en mémoire : l'arrivée du printemps dans les montagnes, l'amour et la confiance que nous éprouvions l'un pour l'autre, ma femme et moi, notre joie à voir que tous les riches étaient partis, ma conviction que nous étions à nouveau invulnérables. Mais invulnérables, nous ne l'étions pas, et ce fut la fin de notre première période parisienne, et Paris ne fut plus jamais le même. C'était pourtant toujours Paris, et s'il changeait, vous changiez en même temps que lui. Nous ne retournâmes jamais au Vorarlberg, pas plus que les riches. Je ne pense pas que le poisson-pilote y soit jamais retourné lui non plus. Il avait d'autres lieux vers lesquels piloter les riches, et il finit par devenir riche lui-même. Mais il n'avait pas eu de chance au début, bien moins que tous les autres réunis.
Personne ne remonte plus les pentes à skis aujourd'hui, et presque tout le monde se casse la jambe, mais peut-être est-il plus facile de se briser une jambe que de se briser le cœur, même si, dit-on, tout se casse de nos jours et s'il arrive que, par la suite, beaucoup sortent plus forts de ces fractures. Aujourd'hui, je ne sais pas si c'est vrai, mais tel était le Paris de notre jeunesse, au temps où nous étions très pauvres et très heureux. »
- Ernest Hemingway | Paris est une fête
« L'être humain est capable du meilleur comme du pire, hélas c'est dans le pire qu'il s'avère être le meilleur. » 
« Marlon Brando.
Un type originaire du Nebraska, et qui se passionne pour la moto. Adeline m'assure qu'il devrait me plaire.
La film s'appelle C'étaient des hommes. Un bon titre. L'histoire de mutilés de guerre. Pas le genre rigolo, si vous voyez ce que je veux dire. A la sortie, je suis sous le choc. Ça me demande plusieurs minutes avant de me réhabituer au monde extérieur. Le film est émouvant, bien sûr. On n'en sort pas indemne. Mais c'est autre chose. C'est lui. Le type. Brando.
Je n'ai jamais vu quelqu'un d'aussi habité, d'aussi intense. Pour sûr, ça a à voir avec sa présence physique. Il en impose, il dégage un truc presque animal. Et ce n'est pas seulement une question de beauté, il possède quelque chose en plus. Comme une féminité brutale, je ne peux pas mieux dire. Une féminité brutale.
On a l'impression que tout ce qu'il fait est naturel, spontané, que son jeu est brut, mais moi, je suis persuadé qu'au contraire, il y a énormément de travail derrière son interprétation. Comme s'il avait ingurgité des tas de sensations, d'expériences, et qu'il les avait digérées. C'est ça que je dois réussir. Ça exactement. 

Retenir son nom.
Marlon Brando. »
- Philippe Besson | Vivre vite
« Ce sont nos choix, Harry, qui montrent ce que nous sommes vraiment, beaucoup plus que nos aptitudes. »
« Vois-tu, en ce temps-là, je me demandais toujours: "Puisque tu vois la bêtise des autres, pourquoi ne cherches-tu pas à te montrer plus intelligent qu'eux? Plus tard j'ai compris, Sonia, qu'à vouloir attendre que tout le monde devienne intelligent, on risque de perdre du temps... Ensuite, j'ai pu me convaincre que ce moment n'arriverait jamais, que les hommes ne pouvaient changer, qu'il n'était au pouvoir de personne de les modifier. L'essayer n'eût été qu'une perte de temps inutile. Oui, tout cela est vrai... C'est la loi humaine... Et maintenant, je sais, Sonia, que celui qui est doué d'une volonté, d'un esprit puissants, n'a pas de peine à devenir leur maître. »
- Dostoïevski | Crime & châtiment
« En ce temps-là, on chantait encore, on fredonnait dans la rue, partout. On sifflotait, c’était joyeux. Il y a longtemps que je n’ai plus entendu un « ouvrier du bâtiment » siffler. Il est vrai que les échafaudages sont de plus en plus hauts, les éventuels sifflets couverts par le bruit des villes. Comme c’était bien les chanteurs des rues, avec leur porte-voix ! Tout le monde alentour reprenait en chœur et les vieux porte-monnaie de cuir s’ouvraient pour acheter des partitions ornées des stars de l’époque. Ça bougeait, ça guinchait, ça dégingandait, ça chaloupait, ça énamourait, ça déclamait férocement, ça peinturlurait l’hôpital, ça racontait l’amour d’une mère, le corps chaud d’un homme, les roses du dimanche, les hanches des filles, les hommes à rouflaquettes ou en haut-de-forme, chaussés de leurs vernis à guêtres, ça politiquait ferme, c’était la criée du quotidien, le journal de pas d’heure en plein air. »
- Barbara | Il était un piano noir...
« Pour sûr, ce n'était pas un garçon facile. Il s'emportait rapidement. C'est bien simple, il ne supportait pas la moindre critique ; du coup, il fallait faire attention à tout ce qu'on disait. J'étais son entraîneur et les gars me reconnaissaient une certaine autorité : quand je donnais une consigne, ils avaient foutrement intérêt à la respecter. Il valait mieux pas me marcher sur les pieds, avec Jimmy, pourtant, je prenais des pincettes, j'avais toujours peur qu'il se vexe. Vous savez, il était capable de tout envoyer balader, juste pour une remarque déplacée ou parce qu'il estimait que l'arbitre était vendu à l'adversaire. Et quand il piquait une colère, on ne le revoyait plus pendant des jours. Et ça ne servait à rien de le raisonner. Il n'en faisait qu'à sa tête. Vous me direz que j'aurais pu l'exclure ou me débrouiller sans lui, mais on ne se passe pas de son joueur le plus fort. 
[...] Bon, il faut reconnaître que c'était un sportif, il avait fait de l'athlétisme, du base-ball. Cela, quand on me l'a amené la première fois, j'aurais pas parié un dollar sur lui. 
Sauf que c'était le meilleur marqueur de l'équipe. Avec lui, on gagnait. Sans lui, on se faisait rétamer. Point. 
Il avait le sens du terrain, il savait se faufiler jusqu'au panier, il esquivait incroyablement, il était très rapide. Et surtout, il avait l'esprit de compétition. Je n'ai jamais vu un acharné pareil. Et teigneux, comme je vous l'ai expliqué.
J'ai longtemps cru qu'il compensait, qu'il était complexé par sa taille et qu'il se forçait à en faire davantage que ses camarades. Mais non. Il était fabriqué comme ça, c'est tout. »
- Philippe Besson | Vivre vite
« Je n'attends rien... je n'espère rien. Je vous aime. Quoi que vous fassiez, je vous le répéterai si souvent, avec tant de force et d'ardeur, que vous finirez bien par le comprendre. Je veux faire pénétrer en vous ma tendresse, vous la verser dans l'âme, mot par mot, heure par heure, jour par jour, de sorte qu'enfin elle vous imprègne comme une liqueur tombée goutte à goutte, qu'elle vous adoucisse, vous amollisse et vous force, plus tard, à me répondre : "Moi aussi je vous aime." »
- Guy de Maupassant | Bel-Ami
« D'être seul et de se taire, on voit les choses autrement qu'en société ; en même temps qu'elles gardent plus de flou elles frappent davantage l'esprit ; les pensées en deviennent plus graves, elles tendent à se déformer et toujours se teintent de mélancolie. Ce que vous voyez, ce que vous percevez, ce dont en société vous vous seriez débarrassé en échangeant un regard, un rire, un jugement, vous occupe plus qu'il ne convient, et par le silence s'approfondit, prend de la signification, devient événement, aventure, émotion. De la solitude naît l'originalité, la beauté en ce qu'elle a d'osé, et d'étrange, le poème. »
- Thomas Mann | La Mort à Venise
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