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“Agis de telle sorte que tu traites l’humanité aussi bien dans ta personne que dans la personne de tout autre toujours en même temps comme une fin, et jamais simplement comme un moyen.” Fondements, Emmanuel Kant

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"C'est lourd, vous savez, un amour qu'on n'a pas demandé. On n'a rien fait pour cela, et cela peut vous empoisonner la vie. Cet amour toujours à la même place, et dont la constance exaspère. Ces yeux qui voudraient n'être pas implorants, et qui le sont... Le regard d'un homme qui vous aime, sans cesse posé sur vous, c'est quelque chose d'horrible." Celles qu'on prend dans ses bras, Henry de Montherlant
"Je regarde de plus près : je découvre des mouvements commencés, mais non pas exécutés, d'une décision plus ou moins utile, mais non pas la contrainte qui exclut le choix. J’évoque, je compare mes souvenirs : je me rappelle que partout, dans le monde organisé, j’ai cru voir cette même sensibilité apparaître au moment précis où la nature, ayant conféré à l’être vivant la faculté de se mouvoir dans l’espace, signale à l’espèce, par la sensation, les dangers généraux qui la menacent, et s’en remet aux individus des précautions à prendre pour y échapper. J’interroge enfin ma conscience sur le rôle qu’elle s’attribue dans l’affection : elle répond qu’elle assiste en effet, sous forme de sentiment ou de sensation, à toutes les démarches dont je crois prendre l’initiative, qu’elle s’éclipse et disparaît au contraire dès que mon activité, devenant automatique, déclare ainsi n’avoir plus besoin d’elle. Ou bien donc toutes les apparences sont trompeuses, ou l’acte auquel l’état affectif aboutit n’est pas de ceux qui pourraient rigoureusement se déduire des phéno­mènes antérieurs comme un mouvement d’un mouvement, et dès lors il ajoute véritablement quelque chose de nouveau à l’univers et à son histoire." Matière et mémoire, Henri Bergson
"Une certaine quantité de rêverie est bonne, comme un narcotique à dose discrète. Cela endort les fièvres, quelquefois dures, de l’intelligence en travail, et fait naître dans l’esprit une vapeur molle et fraîche qui corrige les contours trop âpres de la pensée pure, comble çà et là des lacunes et des intervalles, lie les ensembles et estompe les angles des idées. Mais trop de rêverie submerge et noie. Malheur au travailleur par l’esprit qui se laisse tomber tout entier de la pensée dans la rêverie ! Il croit qu’il remontera aisément, et il se dit qu’après tout c’est la même chose. Erreur ! La pensée est le labeur de l’intelligence, la rêverie en est la volupté. Remplacer la pensée par la rêverie, c’est confondre un poison avec une nourriture." Les Misérables, Victor Hugo
"Un petit jardin pour se promener, et l'immensité pour rêver. À ses pieds ce qu'on peut cultiver et cueillir; sur sa tête ce qu'on peut étudier et méditer; quelques fleurs sur la terre et toutes les étoiles dans le ciel." Les Misérables, Victor Hugo
"Il suit de là qu’un absolu ne saurait être donné que dans une intuition, tandis que tout le reste relève de l’analyse. Nous appelons ici intuition la sympathie par laquelle on se transporte à l’intérieur d’un objet pour coïncider avec ce qu’il a d’unique et par conséquent d’inexprimable. Au contraire, l’analyse est l’opération qui ramène l’objet à des éléments déjà connus, c’est-à-dire communs à cet objet et à d’autres. Analyser consiste donc à exprimer une chose en fonction de ce qui n’est pas elle. Toute analyse est ainsi une traduction, un développement en symboles, une représentation prise de points de vue successifs d’où l’on note autant de contacts entre l’objet nouveau, qu’on étudie, et d’autres, que l’on croit déjà connaître. Dans son désir éternellement inassouvi d’embrasser l’objet autour duquel elle est condamnée à tourner, l’analyse multiplie sans fin les points de vue pour compléter la représentation toujours incomplète, varie sans relâche les symboles pour parfaire la traduction toujours imparfaite. Elle se continue donc à l’infini. Mais l’intuition, si elle est possible, est un acte simple." La Pensée et le Mouvant, Henri Bergson
"« Ceux qui ont une âme sombre ne font que des rêves sombres. Ceux qui ont une âme encore plus sombre ne rêvent pas. » Voilà ce qu'avait coutume de répèter ma grand-mère." Écoute le chant du vent, Haruki Murakami
Albert Bierstadt
Among the Sierra Nevada Mountains, California
"« Un ennemi est aussi utile qu’un Bouddha. » C’est bien cela. Car notre ennemi veille sur nous, il nous empêche de nous laisser aller. En signalant, en divulguant la moindre de nos défaillances, il nous conduit en ligne droite à notre salut, il met tout en œuvre pour que nous ne soyons pas indigne de l’idée qu’il s’est faite de nous. Aussi notre gratitude à son égard devrait-elle être sans bornes." De l'inconvénient d'être né, Emil Cioran
"ちりも積もれば山となる" Et il me parla de cerisiers, de poussières et d'une montagne, Antoine Paje
Rembrandt Van Rijn
Aristotle with a bust of Homer
"J'ai une note à écrire. Je n'insisterai pas. Il devient évident pour moi par ce que la table a dit ce soir comme en plusieurs autres occasions que le monde ténébreux ne veut pas se laisser forcer par lui-même. Quand la curiosité n'est autre chose qu'adoration devant Dieu et respect devant l'infini, ce monde sublime veut rester sublime et ne veut pas devenir exact, ou du moins, il veut que son exactitude ne nous apparaisse qu'énorme et confuse dans de prodigieuses échappées d'ombre et de lumière. Il veut être notre vision, et non notre science. Il veut garder pour notre œil la figure surprenante de l'impossible. Tout en multipliant les linéaments du réel. Il ne consent même pas à accepter, pour rendre ces points de vue humainement plus corrects, les faits scientifiquement acquis et les pénétrations de notre raison et de notre observation. En un mot, il veut que l'homme doute. C'est visiblement la loi et je m'y résigne." Le Livre des Tables, Victor Hugo
"Il y avait dans son visage quelque chose qui attirait irrésistiblement toutes les sympathies, ou pour mieux dire qui éveillait en celui qui la rencontrait une sympathie élevée, ennoblie. Il y a des visages qui ont ce bonheur. A côté d'elle chacun se sentait en quelque sorte mieux, plus à l'aise, plus au chaud, et cependant ses grands yeux tristes, pleins de feu et de force, avaient un regard craintif et inquiet, comme sous l'empire de la peur constante de quelque chose d'hostile et de menaçant, et cette étrange timidité couvrait parfois d'une telle mélancolie ses traits doux et calmes, qui évoquaient les lumineux visages des madones italiennes, qu'en la regardant on se sentait bientôt pris de la même tristesse que si son chagrin eût été aussi le vôtre. Ce visage pâle, amaigri, sur lequel, à travers l'irréprochable beauté des lignes pures et régulières et la mélancolique austérité d'une sourde détresse cachée, transparaissaient si souvent les traits radieux de la première enfance, image des confiantes années encore toutes proches et peut-être d'un candide bonheur  ; ce sourire calme mais incertain, hésitant - tout cela vous saisissait de tant d'intérêt spontané pour cette femme, que dans le cœur de chacun naissait involontairement une douce et chaude sollicitude, qui même à distance parlait haut pour elle et la rendait proche au plus indifférent. Mais la belle jeune femme paraissait taciturne, renfermée, bien qu'il n'y eût certes personnes de plus attentif et de plus aimant envers quiconque avait besoin de compassion. Il y a des femmes dans la vie qui sont comme des sœurs de charité. On peut devant elles ne rien cacher, du moins rien de ce qui fait mal et saigne dans l'âme. Celui qui souffre peut hardiment et avec espoir aller à elles, sans crainte d'être importun, car peu d'entre nous savent qu'il peut y avoir d'amour infiniment patient, de commisération et d'indulgence sans bornes dans certains cœurs féminins. D'immense trésor de sympathie, de consolation, d'espérances reposent dans ces cœurs purs, si souvent blessés eux aussi, car un cœur qui aime beaucoup souffre beaucoup, mais qui dissimulent soigneusement leur blessure aux regards indiscrets, car le chagrin profond le plus souvent se tait et se cache. Eux, la blessure des autre ne les rebute ni par sa profondeur, ni par sa suppuration, ni par sa puanteur : qui vient à eux, c'est qu'il en est digne ; ils sont comme nés pour le sacrifice... Mme M... était grande, souple et bien faite quoiqu'un peu mince. Tous ses mouvements étaient inégaux, tantôt lents, harmonieux et même non sans gravité, tantôt enfantinement prompts, et l'on sentait cependant dans ses gestes une sorte de douce humilité, quelque chose de palpitant et sans défense, qui ne demandait pourtant protection à personne." Un petit héros, Fiodor Mikhaïlovitch Dostoïevski
"Pourquoi vous, poètes, parlez-vous toujours avec amour des roses et des papillons, et jamais des chardons, des champignons vénéneux, des crapauds, des limaces, des chenilles, des mouches, des vers, des acarus, des vermines, des infusoires, assurément ce sont là des êtres malheureux ; et les cailloux, et les coquillages donc ! Pourquoi ne parlez-vous pas des punaises ? Des puces ? Des poux ? Des scolopendres ? Des scorpions ? Des cancrelats ? Des cloportes ? Des crabes ? Des homards ? Des oies ?  Pourquoi ne plaignez-vous pas les tortures de l’infiniment petits ? Condamnés à être l'excrément de l’infiniment grand ? [...] Pourquoi plaignez-vous ce qui est gracieux dans la souffrance et ne plaignez-vous pas ce qui est difforme dans l'expiation ? Pourquoi avez-vous de la pitié pour la matière organisée et non pour la matière brute ? L'une et l'autre sont à plaindre ;" (24 avril 1854, Le Drame), Le Livre des Tables, Victor Hugo
"Je me suis demandé s'il n'était pas possible que les animaux vissent ce que nous ne voyons pas, et si ce n'était pas là une de leurs compensations. [...] Je me disais : l'homme pense, mais il ne voit pas, les animaux ne pensent pas, mais ils voient. C'est de cette façon que s'établit devant Dieu l'équilibre de l'incomplet. Ces chiens voient passer les spectres et les âmes et ils aboient. Pendant ce temps-là, nous sommes dans les ténèbres, et nous nous disons : pourquoi aboient-ils ? Ils voient le mystère, mais ils ne peuvent le comprendre ; nous pourrions peut-être le comprendre ; mais nous ne le voyons pas." (24 avril 1854, Victor Hugo au Drame) Le Livre des Tables, Victor Hugo
"Mais chose étrange, je ne sais quelle sensation que je ne pouvais comprendre s'emparait déjà de moi ; quelque chose remuait déjà dans mon cœur, qu'il n'avait encore jamais connu ni ressenti, mais qui le faisait par instants brûler et battre comme pris d'effroi, et une rougeur inattendue m'inondait fréquemment le visage. Il arrivait que je me sentisse honteux et même offensé des privilèges que me valait l'enfance. D'autre fois une sorte d'étonnement me subjuguait, et je me retirais quelque part où l'on ne pût me voir, comme pour me ressaisir et me remémorer quelque chose dont jusqu'alors, me semblait-il, je m'étais fort bien souvenu, que je venais soudainement d'oublier, et sans quoi je ne pouvais soudainement plus paraître nulle part, ni même continuer d'être." Un petit héros, Fiodor Mikhaïlovitch Dostoïevski
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