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“Agis de telle sorte que tu traites l’humanité aussi bien dans ta personne que dans la personne de tout autre toujours en même temps comme une fin, et jamais simplement comme un moyen.” Fondements, Emmanuel Kant

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"Imaginaire, seul mécanisme de fuite, d'évitement de l'aliénation environnementale, sociologique en particulier, utilisé aussi bien par le drogué, le psychotique, que par le créateur artistique ou scientifique. Imaginaire dont l'antagonisme fonctionnel avec les automatismes et les pulsions, phénomènes inconscients, est sans doute à l'origine du phénomène de conscience."  « Autoportrait  », Éloge de la fuite, Henri Laborit
Peter Graham
Wandering shadows 
"Le premier pilier sur lequel devra s'appuyer notre futur responsable politique est un dispositif pédagogique ambitieux. Cette idée part d'un constat simple : une opinion informée réagit plus intelligemment. L'ignorance permet toutes les manipulations, toutes les démagogies. On ne peut participer à un débat en ignorant ses enjeux. C'est précisément la menace qui pèse sur la société biotechnologique qui va émerger : qu'elle croisse sur les fondements malsains d'une ignorance collective. Alors que les médias annoncent chaque jour une nouvelle découverte à propos de notre génome, est-on sûr que tous les élèves qui sortent du système scolaire sont capables d'expliquer ce qu'est un gêne, comment il fonctionne et quels sont ses impacts sur la vie de l'Homme ? Certes, il existe nécessairement une certaine inertie des programmes scolaires, et donc un décalage entre le moment où certaines pratiques se développent et celui où elles deviennent des thèmes abordés dans le cursus. Mais il est temps d'entamer une démarche volontariste de mis à jour des programmes scolaires afin de sensibiliser les jeunes générations à ces enjeux. Il ne suffira pas d'aimer le futur et de former les citoyens, il faudra également savoir utiliser l'expertise. Or, justement, cette utilisation est souvent particulièrement inefficace." Et si nous devenions immortels ?, Dr Laurent Alexandre
"En effet, nous pourrions demander : qu'est la réalité physique ? Cette question du « quoi ? », l'humanité se la pose depuis des millénaires, et au fil du temps, les philosophes ont tentés d'y apporter toutes sortes de réponses. Aujourd'hui lorsque nous nous tournons vers le passé du point de vue des sciences modernes, nous pensons adopter une position plus tempérée. Plutôt que de tenter de répondre à la question « quoi », la majorité des scientifiques contemporains chercheraient plutôt à l'éviter, en suggérant que la question est mal posée, que nous ne devrions pas tant nous interroger sur ce qu'est la réalité, mais nous demander comment elle opère. « Comment ? »   est en effet une question fondamentale, dont nous pourrions dire qu'elle résidait au cœur de ces pages : comment décrire les lois qui régissent notre univers et ce qu'il contient ?
Et pourtant, beaucoup de lecteurs accueilleront sans doute cette réponse avec déception - tout bonnement comme un subterfuge. Connaître le comportement du contenu de l'univers semble n'avoir pas grand-chose à nous dire sur ce qui est à la source de ce comportement. La question « quoi ? » est intimement liée à une autre question ancestrale : celle du « pourquoi ? ». Pourquoi les objets de l'univers se comportent-ils de cette manière particulière ? Mais si nous ne savons pas ce que sont ces objets (sans répondre à la question « quoi ? »), il est difficile de voir pourquoi ils devraient faire ceci plutôt que cela." « Qu'est la réalité ? », A la découverte des lois de l'univers, Roger Penrose
"C'est un changement fondamental. Dans ce monde déchristianisé et « désenchanté », le citoyen ne vit plus pour quelqu'un ou quelque chose (le roi, Dieu, la cité, etc.), mais pour lui-même. Son existence, et par conséquence sa préservation, deviennent le but ultime, le grand projet vers lequel toute institution doit tendre. La seule grande valeur qui nous reste est la protection de la vie humaine.
Le physicien Étienne Klein remarque avec malice : « Regardez ce qui est écrit sur les paquets de cigarettes : si au XVIIIe siècle, on avait voulu lancer une campagne antitabac, on n'aurait pas mis « fumer tue » mais « fumer compromet le salut de votre âme » ou « fumer déplaît à Dieu » ! Le salut de l'âme, objet par excellence du discours théologique, s'est donc peu à peu effacé au profit de la santé du corps qui, elle, est l'objet de préoccupations scientifiques. »
Comment se traduit concrètement cette valeur ? Elle prend la forme de l'injonction à la sécurité ; du dogme selon lequel il est important de vivre le plus longtemps possible sans que la question du sens de la vie soit jamais posée. On ne saurait facilement remettre en cause le seul principe fort sur lequel sa société est bien bâtie ; rien d'étonnant alors à ce que cette question paraisse aujourd'hui presque déplacée, inconvenante. Cette demande permanente de sécurité est l'avatar principal de cette vision moderne du monde. Au nom de cette sécurité, on légitime de facto toutes les entraves à la liberté. Cette volonté de protection de la vie prend la forme d'une volonté délirante de suppression totale du risque, alors que celui-ci faisait jusque-là partie intégrante de l'existence." Et si nous devenions immortels ?, Dr Laurent Alexandre
"La première étape de la mort de la mort est la victoire de l'idéologie transhumaniste, qui a convaincu l'opinion que la mort n'est plus inévitable et a permis le démarrage du projet technologique pour la retarder. Le président Macron a même assuré la promotion du livre de Yuval Noah Harari, "Homo Deus", depuis l'Elysée. La deuxième étape a commencé quand Google a créé Calico, qui vise à allonger la durée de vie humaine. Cette filiale de Google compte explorer des voies technologiques innovantes pour retarder puis "tuer" la mort. L'ingénierie du vivant -cellules souches, organes artificiels-, puis la manipulation de la télomérase -une enzyme qui prévient l'usure des chromosomes- ainsi que la modification de la composition du sérum accéléreront sans doute le recul de la mort. Plus transgressive encore, la troisième étape: dépasser significativement les limites actuelles de l'espérance de vie humaine -l'âge atteint par Jeanne Calment (122 ans, 5 mois et 14 jours) semble être un mur biologique- suppose de modifier profondément notre nature par des interventions technologiques lourdes. Les généticiens sont sur le point de franchir une étape troublante qui ouvre la perspective d'une redéfinition de l'humanité. George Church est un brillant généticien transhumaniste d'Harvard. Il a révélé, avec 24 chercheurs et industriels, dans la revue Science, le "Genome Project-Write", qui vise à créer tabula rasa un génome humain entièrement nouveau. Cette technique permettrait la fabrication de bébés sans aucun parent, ce qui a ému de nombreux théologiens, même si cette perspective n'est pas un objectif immédiat de Church. Il ne s'agirait plus de concevoir des "bébés à la carte", mais de créer une nouvelle humanité. La quatrième étape serait de maintenir notre cerveau durablement plastique, ce qui suppose une réingénierie transgressive. A quoi bon vivre plusieurs siècles avec un cerveau sclérosé? La cinquième étape pour euthanasier la mort serait l'abandon de notre corps physique. Teilhard de Chardin a introduit en 1922 le terme de "noosphère" pour désigner la fusion des esprits, et donc la disparition de la conscience individuelle. Nous accepterions de devenir des intelligences dématérialisées immortelles mais sans corps physique en fusionnant avec des intelligences artificielles (IA). Sixième et dernière étape de la mort de la mort: empêcher la mort de l'univers! Comment pourrait-on être vraiment éternel dans un univers qui aura une fin? La mort du cosmos est l'ultime frontière du genre humain. Le destin de notre univers est apocalyptique: les six scénarios modélisés par les astrophysiciens conduisent tous à la mort de l'univers, et donc à la disparition de tout témoignage de notre existence. Charles Darwin remarquait, il y a cent cinquante ans, que l'aventure humaine n'aurait pas de sens si l'univers devait un jour disparaître, ce qui effacerait toute trace du génie de l'Homme. Le philosophe français Clément Vidal explique dans "The Beginning and the End", que le but ultime de la science est de combattre la mort de l'univers par la création artificielle de nouveaux mondes. Pour les transhumanistes, il est rationnel, et non d'une vanité ultime, de rendre l'univers immortel afin d'assurer notre propre immortalité. La peur de la mort des géants du numérique n'est conjurée que dans la foi dans les NBIC et l'IA, censées accélérer la mort de la mort. Pour moins souffrir, moins vieillir et moins mourir, les transhumanistes sont prêts à confier les clefs de notre avenir à des IA peut-être hostiles demain. Il serait pourtant plus sage d'accepter de mourir le temps d'organiser notre cohabitation avec l'IA." Et si nous devenions immortels ?, Dr Laurent Alexandre
"Vous savez ce qu'est le charme: une manière de s'entendre répondre oui sans avoir posé aucune question claire." La Chute, Albert Camus
"L'objet de ce livre est de donner une idée de ce qui est certainement le voyage d'exploration le plus important et le plus fascinant que l'humanité ait jamais entrepris. Il s'agit de la quête des principes sous-jacents au comportement de notre univers. Cette épopée dure depuis deux mille cinq cents ans, aussi n'est-il pas surprenant que d'importants progrès aient été accomplis. Mais ce voyage se révéla très difficile et l'humanité ne put accéder que très lentement à une réelle compréhension des choses. La difficulté inhérente à cette quête nous a conduits à maintes reprises dans de mauvaises directions ; ce qui devrait nous inciter à une certaine prudence. Le XXe siècle nous a toutefois révélé de nouveaux horizons extraordinaires - et parmi eux certains sont si impressionnants que beaucoup de chercheurs pensent aujourd'hui que nous pourrions être proches d'une compréhension fondamentale de tous les principes sous-jacents à la physique." Préface, A la découverte des lois de l'Univers, Roger Penrose
Frederic Stuart Church
Lady and the Tiger
"Si l'évolution n'a pas de sens, c'est d'abord et avant tout qu'elle n'a pas de point d'arrivée. Elle peut se comparer à une sorte de course sans fin aux armements : chaque espèce évolue en permanence pour mieux résister à des prédateurs et des dangers qui, eux aussi, évoluent sans cesse. Chacun suivant l'autre, l'organisme ne peut jamais s'arrêter d'évoluer, sous peine de disparaître, vaincu par les prédateurs qui auront pris un coup d'avance. Cette situation est connue sous le nom de théorie de la reine rouge, par analogie avec un épisode d'Alice au pays des merveilles de Lewis Carroll : Alice demande à la reine rouge pourquoi le paysage ne bouge pas alors qu'elles courent toutes les deux ; la reine rouge répond : « Nous courons pour rester à la même place ! » Comme Alice et la reine de Cœur, nous devons courir pour ne pas reculer. L'organisme qui ne se transforme pas en permanence est voué à disparaître car les organismes concurrents, eux, évoluent. L'évolution permet aux proies les plus véloces d'échapper aux prédateurs alors que les plus lentes se font manger, mais, dans le même temps, elle favorise aussi les prédateurs les plus rapides, car eux ne mourront pas de faim ! En nous adaptant par l'évolution, nous ne sommes pas devenus plus forts ou plus parfaits ; nous avons juste survécu. Cette survie reste un acquis fragile sans cesse remis en cause. Pour prendre une autre image, nous sommes comparables au requin qui doit nager sans cesse sous peine de couler au fond de l'océan. Tout le problème de notre modernité vient d'ailleurs de ce que, de plus en plus, nous nous sommes arrêtés de nager en supprimant la sélection darwinienne ; seule la technomédecine pourra alors nous empêcher de couler." Et si nous devenions immortels ?, Dr Laurent Alexandre
Frederic Edwin Church
Crépuscule dans le Monde sauvage
"Si nous mourons, c'est que la sélection naturelle a conduit à un mécanisme de survie très particulier qui est celui de la reproduction sexuée. Pour le dire schématiquement, la dégénérescence de la vieillesse est la contrepartie de la formidable vitalité de la jeunesse. Tout est fait pour que nous soyons dans la meilleure forme possible jusqu'à la procréation ; ensuite, l'évolution n'intervient plus : le but est atteint et le flambeau de la vie transmis. Tout athlète sait qu'un sprint et un marathon correspond à deux gestions de l'énergie tout à fait différentes : le sprinteur donne toute l'énergie disponible en une dizaine de secondes pour gagner la course, mais le maintien d'une telle vitesse sur une longue distance est très difficile. La nature a choisi la technique du sprint car il est vital pour l'espèce que les individus arrivent le mieux et le plus vite possible jusqu'à la puberté. Jusqu'à l'âge de la reproduction, notre organisme subit d'importants stress biologiques qui usent nos cellules. Pour y arriver, l'évolution a privilégié des voies métaboliques très performantes mais qui génèrent un stress oxydatif délétère pour nos cellules. Ainsi la mort n'est pas un défaut ou une malédiction, mais simplement une de ses dimensions logiques : l'individu n'a pas d'importance du point de vue biologique ; seule compte la survie de l'espèce." Et si nous devenions immortels ?, Dr Laurent Alexandre
"Où tu étais heureux ! me suis-je écrié en marchant précipitamment vers la ville, où tu étais content comme un poisson dans l'eau ! - Dieu du ciel, as-tu donc ordonné la destinée des hommes de telle sorte qu'ils ne soient heureux qu'avant d'arriver à l'âge de la raison, ou après qu'ils l'ont perdue ? - Pauvre misérable ! Et pourtant je porte envie à ta folie, à ce désastre de tes sens, dans lequel tu te consumes. Tu sors plein d'espérances pour cueillir des fleurs à ta reine - au milieu de l'hiver - et tu t'affliges de n'en point trouver, et tu ne conçois pas pourquoi tu n'en trouves point. Et moi - et moi, je sors sans espérances, sans aucun but, et je rentre au logis comme j'en suis sorti." Les Souffrances du jeune Werther, Johann Wolfgang Goethe
"« [...] - Charlotte, dis-je en lui tendant la main et sentant mes larmes couler. Nous nous reverrons ! En cette vie et en l'autre nous nous reverrons !... »
Je ne pus en dire davantage... Wilhelm, fallait-il qu'elle me fit une semblable question, au moment même où je portais dans mon sein une si cruelle séparation !
«Ces chers amis que nous avons perdus, continua-t-elle, savent-ils quelque chose de nous ? ont-ils le sentiment que, dans nos moments de bonheur, nous nous souvenons d'eux avec amour et chaleur ? »" Les Souffrances du jeune Werther, Johann Wolfgang Goethe
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