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“Agis de telle sorte que tu traites l’humanité aussi bien dans ta personne que dans la personne de tout autre toujours en même temps comme une fin, et jamais simplement comme un moyen.” Fondements, Emmanuel Kant

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"Causalité et finalité, déterminisme et finalisme, matérialisme et spiritualisme sont des alternatives irréductibles parce qu'elles se réfèrent à un seul sens de l'écoulement du temps, celui de l'horloge, de l'entropie croissante, de la désorganisation de l'univers décrite par le second principe de la thermodynamique. Mais force est de remarquer qu'il existe une évolution apparemment opposée, qui va vers l'accroissement de la complexité, la production de nouveauté, tout aussi constatables dans la nature que dans la société. Faut-il pour autant en déduire que cela répond à un plan préétabli ?
Je suis beaucoup plus empirique et pragmatique, à l'anglo-saxonne, et je constate que l'activité humaine, surtout aujourd'hui, accroît la complexité de façon telle que ce flux de création d'information de plus en plus intense s'oppose désormais à la dégradation entropique. Je pense que nous sommes dans un système que nous commençons à peine à comprendre et à déchiffrer, livré à un processus que j'ai appelé, dans mon livre L'Homme symbiotique, l'« évolution symbionomique » - j'ai trouvé ce néologisme plus pratique et plus court que « Théorie générale de l'auto-organisation et de la dynamique des systèmes complexes » ! [...] L'évolution donne à beaucoup l'impression que tout a été créé volontairement, qu'une intelligence suprême a produit ce que nous sommes. En réalité, nous sommes le résultat de beaucoup de hasards, de chaos, d'amplifications, de bifurcations et de structures dissipatives successives. Tout celui conduit à un pattern, à une forme émergeante, que nous analysons après coup et que, rétrospectivement, par dérive anthropomorphique, nous associons à une impressionnante cascade de causalités qui nous semblent intentionnelles. Mais c'est une illusion." « Entretien avec Joël de Rosnay », Le Monde s'est-il créé tout seul ?, Patrice Van Eersel
"Ne pourrait-on pas faire des projets, par exemple pour faire reculer l'emprise de l'économie, promouvoir une société humaine sans économie, sans la notion de valeur monétaire, sans compétition - remplacée par l'émulation ? Cela exige de définir un certain nombre de droits, le droit à l'information, qui me permet de dire beaucoup de mal de la télévision ; le droit à la paix, qui me permet de dire du mal de gens qu'on ne va pas nommer ; le droit au logement, le droit aux soins... J'envisage non pas une mondialisation, mais une planétarisation du système sanitaire. Dès qu'un humain est malade, que ce soit du sida dans la brousse ou d'une grippe à Paris, il a droit à des soins, le fait d'être malade l'emportant sur le fait d'être ceci ou cela, ici ou ailleurs." « Entretien avec Albert Jacquard », Le Monde s'est-il créé tout seul ?, Patrice Van Eersel
"La démonstration de Bertrand Russell sur l'impossibilité de se référer à un ensemble de tous les ensembles a provoqué une remise en cause de toute la logique mathématique, qui a abouti en 1932 au théorème de Kurt Gödel disant qu'aucune théorie, même la plus simple comme l'arithmétique, ne peut être complète. Elle contient toujours une définition ou une affirmation dont vous ne pourrez démontrer ni qu'elle est vraie ni qu'elle est fausse." « Entretien avec Albert Jacquard », Le Monde s'est-il créé tout seul ?, Patrice Van Eersel
"Révoltons-nous contre l'ignorance, l'indifférence, la cruauté, qui d'ailleurs ne s'exercent si souvent contre l'homme que parce qu'elles se sont fait la main sur les bêtes. Rappelons-nous, puisqu'il faut toujours tout ramener à nous-mêmes, qu'il y aurait moins d'enfants martyrs s'il y avait moins d'animaux torturés, moins de wagons plombés emmenant à la mort les victimes de quelconques dictatures si nous n'avions pas pris l'habitude de fourgons où des bêtes agonisent sans nourriture et sans eau en route vers l'abattoir, moins de gibier humain descendu d'un coup de feu si le goût et l'habitude de tuer n'étaient l'apanage des chasseurs." Le Temps, ce grand sculpteur, Marguerite Yourcenar
"Une compassion sans bornes qui nous unit avec tous les êtres vivants, voilà le plus solide, le plus sûr garant de la moralité." Le Fondement de la morale, Arthur Schopenhauer
"Cette théorisation s'est d'abord faite dans le contexte religieux nouveau lié à la sédentarisation et à cette première rupture de l'être humain avec la nature. C'est ce que le sociologue allemand Max Weber a appelé « le désenchantement du monde » : pour l'homme post-néolithique des sociétés antiques, le monde perd peu à peu son « aura magique ». En trouvant des explications rationnelles des phénomènes naturels, l'homme se dissocie de la nature qui cesse d'être un monde vivant, enchanté, une mère nourricière dont le cordon ombilical ne se coupe jamais pour devenir une réalité distincte, distanciée, riche d'une matière manipulable, de ressources exploitables, d'une vie domesticable." Lettre ouverte aux animaux (et à ceux qui les aiment), Frédéric Lenoir
"Je suis persuadé que la science ne constitue pas la seule fenêtre qui nous permet d'accéder au réel. Ce serait arrogant, de la part d'un scientifique, d'affirmer le contraire. La spiritualité, au même titre que la poésie ou l'art, constitue une fenêtre complémentaire à la science pour contempler la réalité. Le théorème de Gödel va dans ce sens : en ce qui concerne la connaissance du monde, même la raison a des limites. Seule, jamais la science ne pourra aller jusqu'au bout du chemin. Il nous faut donc faire appel à d'autres modes de connaissance, comme l'intuition mystique ou religieuse [...], l'art ou la poésie, informés par les découvertes de la science pour nous rapprocher de la réalité ultime. [...] La science nous apporte des informations, mais n'a rien à voir avec notre progrès spirituel et notre transformation intérieure. En revanche, l'approche spirituelle doit provoquer en nous une transformation personnelle profonde dans la façon dont nous percevons le monde et agissons sur lui. Confronté à des problèmes éthiques et moraux, notamment en génétique, le scientifique a besoin de la spiritualité pour l'aider à ne pas oublier son humanité." « Entretien avec Trinh Xuan Thuan », Le Monde s'est-il créé tout seul ?, Patrice Van Eersel
"Le théorème de Gödel implique qu'il existe toujours une limite à notre connaissance d'un système donné, parce que nous faisons nous-mêmes partie de ce système. Pour aller au-delà de cette limite, il faut sortir du système. Cela rappelle en effet le principe anthropique, où nous devons aller au-delà de la physique qui décrit l'univers pour faire un pari métaphysique sur l'existence ou non d'un principe créateur, éclairé par les données de la science." « Entretien avec Trinh Xuan Thuan », Le Monde s'est-il créé tout seul ?, Patrice Van Eersel
"À vous mieux connaître, j'ai commencé, premièrement, à mieux me connaître moi-même, puis à vous aimer ; avant vous, mon ange, j'étais seul et comme endormi, je ne vivais pas sur la terre. Eux, mes persécuteurs, ils disaient que ma silhouette même était grotesque, ils m'exécraient, de sorte que j'avais fini par prendre ma personne en horreur ; ils disaient que j'étais obtus, et je croyais fermement être obtus, mais quand vous m'êtes apparue, vous avez inondé de lumière ma vie obscure, mon cœur et mon âme en ont été illuminés, j'ai trouvé la paix intérieure et découvert que je n'étais pas plus mal que les autres ; que je manquais seulement d'éclat, que je n'avais ni style ni vernis, mais que cependant j'étais un homme, par le cœur et les pensées j'étais un homme." Les pauvres gens, Fiodor Mikhaïlovitch Dostoïevski
"C'est une belle chose que la littérature, Varinka, une très belle chose. [...] Une chose profonde ! Qui réconforte et instruit le cœur des hommes et... il y a différents développements sur ce sujet dans un de leurs livres. C'est admirablement écrit ! La littérature c'est... un tableau ; je veux dire que c'est en quelque sorte un tableau et un miroir : la peinture des passions, une critique très subtile, un enseignement propre à l'édification et un document. J'ai été mis au fait de tout cela chez eux. Je vous dirai franchement, mon amie, que quand je suis là parmi eux à écouter (la pipe à la bouche, comme eux, pourquoi pas) et qu'ils comment à discuter de différents sujets, je « passe » tout simplement, comme au jeu, vous et moi nous passerions, sans plus. Je reste là comme une souche, tout confus, je me creuse la cervelle toute la soirée pour trouver le moyen de placer le moindre mot dans la conversation, et comme par un fait exprès, ce mot-là m'échappe ! Et on regrette de ne pas être à la hauteur, Varinka ; d'avoir, comme dit le proverbe, grandi sans prendre de l'esprit." Les Pauvres gens, Fiodor Mikhaïlovitch Dostoïevski
Jean-Baptiste-Camille Corot
Orpheus leading Euryfice from the Underworld
"L'homme instruit par l'histoire sait par quels procédés il peut obtenir des changements. Il sait que ces changements de conception politique, de tournure d'esprit, de mode intellectuelle, ne se produisent pas brusquement dans la grande masse d'une société à la fois et que, s'ils se produisent chez quelques individus seulement, ces novateurs isolés seront impuissants à entraîner tout un peuple. Il est mis en garde contre deux erreurs en sens inverse : d'une part la croyance au progrès continu, sortant fatalement d'un instinct naturel des masses; d'autre part la théorie de l'action décisive des grands hommes, qui mène au culte des héros [...] Ainsi l'étude des transformations nous affranchit de deux sentiments inverses mais également dangereux pour l'activité. L'un est l'impression qu'un individu est impuissant à remuer cette masse énorme d'hommes qui forment une société : c'est un sentiment qui mène au découragement et à l'inaction. L'autre est l'impression que la masse humaine évolue toute seule, que le progrès est inévitable : d'où sort la conclusion que l'individu n'a pas besoin de s'en occuper : le résultat est e quiétisme social et l'inaction.
Au contraire l'homme instruit par l'histoire sait que la société peut être transformée par l'opinion, que l'opinion ne se modifiera pas toute seule et qu'un seul individu est impuissant à la changer. Mais il sait que plusieurs hommes, opérant ensemble dans le même sens, peuvent modifier cette opinion." L'Enseignement de l'histoire comme instrument d'éducation politique (Conférences du Musée pédagogique), Charles Seignobos
"Au lieu d’apprendre les participes et tant que ça de géométrie et de physique pas amusante, y a qu’à bouleverser les notions, donner la prime à la musique, aux chants en choeur, à la peinture, à la composition surtout, aux trouvailles des danses personnelles, aux rigodons particuliers, tout ce qui donne parfum à la vie, guilleretterie jolie, porte l’esprit à fleurir, enjolive nos heures, nos tristesses, nous assure un peu de bonheur, d’enthousiasme, de chaleur qui nous élève, nous fait traverser l’existence, en somme sur un nuage. C’est ça le Bon Dieu à l’école, s’enticher d’un joli Bel-Art, l’emporter tout chaud dans la vie. Le vrai crucifix c’est d’apprendre la magie du gentil secret, le sortilège qui nous donne la clef de la beauté des choses, des petites, des laides, des minables, des grandes, des splendides, des ratées, et l’oubli de toutes les vacheries." Les Beaux draps, Louis-Ferdinand Céline
Georges Frederic Watts
The Minotaur
"On apprend rien à l’école que des sottises raisonnantes, anémiantes, médiocrisantes, l’air de tourner con râbacheur. Regardez les petits enfants, les premières années… ils sont tout charme, tout poésie, tout espiègle guilleretterie… À partir de dix, douze ans, finie la magie de primesaut ! mués louches sournois butés cancers, petits drôles plus approchables, assommants, pervers grimaciers, garçons et filles, ragoteux, crispés, stupides, comme papa maman. Une faillite ! Presque déjà parfait vieillard à l’âge de douze ans ! Une culbute des étoiles en nos décombres et nos fanges ! Un désastre de féerie.
Quelle raison ? La puberté ? Elle a bon dos ! Non ! Parce que dressés tout de suite en force, sonnés d’emblée dès l’école, la grande mutilante de jeunesse, l’école leur aura coupé les ailes au lieu de leur ouvrir toutes grandes et plus grandes encore ! L’école n’élève personne aux nues, elle mutile, elle châtre. Elle ne crée pas des hommes ailés, des âmes qui dansent, elle fabrique des sous-hommes rampants qui s’intéressent plus qu’à quatre pattes, de boutiffes en égouts secrets, de boîtes à ordures en eaux grasse." Les Beaux draps, Louis-Ferdinand Céline 
"Contentons-nous d'être une petite troupe choisie qui les croyons et ne divulguons pas nos mystères dans le peuple." Entretiens sur la pluralité des mondes, Bernard Le Bouyer de Fontenelle
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